Faut-il avoir peur de l’IA ? (3/6)

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Chère lectrice, cher lecteur,

Voici la suite de la séquence consacrée aux craintes liées à l’Intelligence Artificielle, avec cette fois un risque qui n’est pas directement causé par l’IA, mais qui lui est souvent associé – pour de bonnes raisons.

Risque n°3 : La fin de la vie privée

Big Brother is watching you. Facebook aussi.
Votre téléphone aussi. Le dernier jeu à la mode aussi.

L’IA d’aujourd’hui se nourrit de données. De beaucoup de données. Y compris, naturellement, de données que l’on peut qualifier de personnelles, voire très personnelles :

  • Vos revenus
  • Vos achats
  • Vos centres d’intérêt
  • Votre position géographique
  • Votre affiliation politique
  • Votre santé
  • Votre religion
  • Vos préférences sexuelles
  • Et tant d’autres…

Même si ces données ne sont pas forcément accessibles publiquement et toutes en même temps, il est difficile de se rendre compte à quel point toutes nos activités sont scrutées, enregistrées et analysées, aussi bien par des entreprises privées que par des institutions publiques.

Mais aussi, et surtout, à quel point il est possible de déduire des informations personnelles à partir de données incomplètes.

Prenez votre téléphone portable.

Vous le transportez certainement avec vous partout où vous allez. Pour fonctionner, il doit envoyer en permanence à l’opérateur téléphonique sa position, la vôtre donc, qui est soigneusement consignée dans d’immense bases de données.

Votre téléphone, mais aussi celui de toute personne proche de laquelle vous êtes. Avec une précision suffisante pour savoir dans quelle pièce vous étiez et pendant combien de temps vous vous y êtes trouvés ensemble.

Mais les opérateurs téléphoniques n’ont aucun intérêt à s’amuser à espionner leurs clients me direz-vous ?

Certes, mais votre voisin qui travaille là a peut-être accès à ces données. Celles-ci peuvent aussi être piratées. Ou vendues, ou données à un gouvernement.

Vous faites confiance à votre opérateur ? Sachez que ces données sont aussi partagées avec les éditeurs de toutes ces applications que vous avez installées sur votre téléphone et dont vous n’avez pas désactivé le partage. [1]

Vous en voulez plus ?

Savez-vous qu’une IA peut estimer, avec un degré de précision relativement correct, vos opinions politiques à partir d’une photo ou de quelques likes sur Facebook ? [2]

Si vous avez « liké » à peine 10 éléments dans votre vie, Facebook connaît déjà mieux votre personnalité qu’un collègue. Avec 300 likes, mieux que votre partenaire.

Mon opinion personnelle concernant la protection de la vie privée est qu’il est déjà trop tard.

Les outils comme le RGPD [3] ne protègent (même théoriquement) que des abus les plus graves.

Notre vie privée est déjà enregistrée dans de multiples serveurs, prête à être disséquée par des algorithmes.

Et trop de services, publics ou privés, s’appuient déjà dessus pour qu’il soit encore temps de revenir en arrière.

Alors ? Alors, la première chose est déjà d’en être conscient. Puis de reprendre le contrôle de ce qui peut l’être, en pesant le pour et le contre.

  • Ai-je envie qu’Amazon sache que j’ai besoin de ce produit ?
  • Ai-je vraiment besoin de donner accès à ma position à l’éditeur de cette app que je viens de télécharger ?
  • Ai-je même vraiment envie de télécharger cette app « gratuite » qui se rémunère en enregistrant de toute façon d’autres informations ?
  • Ai-je même besoin de garder mon téléphone allumé en permanence ?

Et enfin d’apprendre à vivre dans une société où la vie privée n’est plus qu’un mirage.

Où les individus ne sont pas plus mauvais qu’avant, simplement plus visibles.

Et où l’élément intime, la parole malheureuse ou l’erreur de parcours de chacun peuvent être exposés publiquement à tout moment, sans que cela ne doive conduire à une bien hypocrite opprobre généralisée.

Erwan


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[1] Fin 2019, des journalistes du New York Times ont obtenu une base de données de localisation. Ils en ont tiré une série d’articles glaçants, dont je vous conseille fortement la lecture ici.
[2] https://www.pnas.org/content/112/4/1036
[3] « Règlement général sur la protection des données », le texte européen qui encadre légalement depuis 2018 l’usage des données personnelles. Théoriquement, personne ne peut utiliser vos données sans votre consentement « explicite et positif ». À condition que vous soyez en Europe. Et que l’entreprise respecte la loi. Et que le recueil du consentement n’était pas noyé dans un long document que vous n’avez probablement pas lu…

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