Faut-il avoir peur de l’IA ? (2/6)

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Chère lectrice, cher lecteur,

Après avoir évoqué dans ma précédente lettre la crainte, largement répandue mais finalement peu crédible, de l’émergence d’une Intelligence Artificielle autonome, voici maintenant un autre risque souvent évoqué de l’Intelligence Artificielle – qui pourrait être bien réel cette fois.

Risque n°2 : Le remplacement du travail salarié

La vision anti-technologique de robots qui créent du chômage en remplaçant le travail exécuté par des humains ne date pas d’hier.

Dès les débuts de la mécanisation il y a deux siècles, le mouvement des luddites s’attelait à détruire les métiers à tisser, moulins et autres machines qui privaient les ouvriers de travail.

Révolte des humains contre les machines ?

Aujourd’hui, cette crainte reste relativement peu partagée.

L’argument généralement invoqué est que, malgré des siècles de mécanisation, il y a toujours largement besoin de travail humain, pour construire ou réparer les machines, ou pour assurer la multitude de nouveaux travaux, principalement intellectuels, qui sont apparus depuis.

Pourtant, deux spécificités de la situation actuelle laissent penser qu’il n’y a pas besoin d’être un luddiste moderne pour croire que « cette fois, cela pourrait être différent ».

La vitesse de la transition

La mécanisation de l’agriculture et des usines a pris des décennies, ce qui a laissé le temps de l’adaptation à la disparition de certains emplois, notamment grâce à l’éducation.

Aujourd’hui, le cabinet de conseil McKinsey estime que 50% du travail actuellement effectué est théoriquement automatisable, et que 15% (soit 400 millions d’emplois) le sera probablement d’ici 2030 [1].

Autrement dit, demain.

La nature du travail remplacé

Alors que les robots remplaçaient du travail manuel, poussant la force de travail vers des travaux intellectuels, l’IA a le potentiel de remplacer à son tour une bonne partie de ce travail intellectuel.

La technologie actuelle permet déjà d’automatiser une grande partie du travail dans des secteurs intensifs en main d’œuvre comme la comptabilité, le droit, la médecine, le service client et bien d’autres [2].

Cette fois, vers quels nouveaux emplois seront déplacées les personnes ainsi « libérées » ?

Est-on au bord d’un chômage de masse ? Bien malin qui s’engagera sur des prédictions.

Si l’IA menace certains emplois intellectuels, d’autres restent tout de même largement hors de sa portée – nous ne sommes pas près d’automatiser le travail d’un chercheur, d’un architecte ou d’une puéricultrice.

La vision optimiste de l’avenir est une adaptation des travailleurs vers les emplois plus qualifiés et plus productifs grâce à la formation, ainsi que sur l’aide paradoxale du vieillissement de la population dans les pays occidentaux et la Chine.

Si cela ne se réalise pas, la version pessimiste est un chômage de masse et une hausse de la polarisation du marché du travail entre des emplois très qualifiés et d’autres peu qualifiés (mais difficilement automatisables), avec une pression maximale sur la fameuse « classe moyenne » [3].

Finalement, la conclusion au niveau individuel reste la même : chacun a intérêt à se former pour comprendre l’Intelligence Artificielle, pas forcément dans le but de devenir soi-même un expert, mais pour savoir ce qu’elle peut et va changer dans son propre métier et comment s’y préparer.

À la prochaine,

Erwan


[1] https://www.mckinsey.com/featured-insights/future-of-work/jobs-lost-jobs-gained-what-the-future-of-work-will-mean-for-jobs-skills-and-wages
[2] https://www.brookings.edu/research/automation-and-artificial-intelligence-how-machines-affect-people-and-places/
[3] https://www.technologyreview.com/2013/06/12/178008/how-technology-is-destroying-jobs/

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