Quelques autres curiosités sur les prénoms

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Chère lectrice, cher lecteur,

Pour paraphraser une célèbre citation de Forest Gump, une base de données, c’est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber.

Pour ma dernière lettre, j’avais récupéré la base de données des prénoms de l’INSEE pour illustrer un arbre de décision pour déduire le sexe d’une personne à partir de son prénom.

Mais comme souvent, triturer ces données est également l’occasion de tomber sur un certain nombre d’anecdotes ou curiosités amusantes.

En voici quelques-unes, de quoi alimenter des discussions avec vos voisins de serviette à la plage…

Les prénoms non genrés

Certains prénoms comme Dominique sont portés aussi bien par des hommes que par des femmes.

Voici le top 10 des prénoms les moins genrés (parmi ceux attribués à plus de 5000 personnes) :

Parmi les prénoms courants, il y a finalement peu de « vrais » prénoms non genrés, autrement répartis à peu près également entre les deux sexes. Au 9e prénom de la liste (Dany), la proportion d’hommes atteint déjà 70%…

Globalement, 0,8% des personnes nées en France depuis 1900 ont un prénom porté majoritairement par des personnes de l’autre sexe [1].

Autre curiosité de ce tableau : 9 prénoms sur les 10 premiers ont plus de 50% de porteurs hommes.

Cela se retrouve dans une moindre mesure sur tous les prénoms genrés à moins de 90% (dont moins de 90% des porteurs sont du même sexe) : 622 sont majoritairement masculins contre 524 majoritairement féminins.

Ce décompte simple ne dit pas si les 622 prénoms majoritairement masculins sont plutôt proches de 50% ou de 90%. Pour en avoir le cœur net, nous pouvons regarder le nombre de personnes dans chaque catégorie :

  • 350 000 femmes portent un prénom majoritairement (jusqu’à 90%) masculin
  • Mais seulement 150 000 hommes portent un prénom majoritairement féminin

Autrement dit, parmi les prénoms peu genrés, les femmes portent plus souvent un prénom majoritairement masculin que des hommes un prénom majoritairement féminin.

Si je devais hasarder une explication, il est vraisemblablement moins accepté socialement pour un homme d’avoir un attribut (prénom) considéré féminin que l’inverse…

Des prénoms qui changent d’orientation

Le sexe majoritaire d’un prénom n’est pas forcément le même au cours du temps.

En explorant les données par année, on peut identifier les 4 prénoms les plus populaires (en nombre total de personnes les portant) dont le sexe majoritaire a changé au moins une depuis 1900 [2].

Il s’agit de Dominique, Camille, Noa et Alix.

Chacun de ces prénoms a sa petite histoire singulière :

  • Dominique est pratiquement toujours resté majoritairement féminin, sauf autour de 1950 où le masculin a brièvement pris le dessus.
  • Camille a longtemps été un prénom majoritairement masculin, avant de devenir quasi exclusivement féminin dans les années 80. Et depuis quelques années, c’est la version masculine qui regagne en popularité…
  • Noa est l’un de ces nouveaux prénoms qui n’existaient pratiquement pas avant les années 90. À son apparition, c’était un prénom féminin, mais il est devenu rapidement très majoritairement masculin.
  • Alix, d’abord majoritairement féminin, est passé à parité pendant un demi-siècle entre 1920 et 1970, avant de redevenir décidément très féminin.

Diversification des prénoms

Pour des raisons de confidentialité, l’INSEE ne cite pas explicitement les prénoms dits rares, donnés moins de 20 fois [3].

Ils sont regroupés sous l’intitulé « Prénoms rares » et représentent tout de même 1,8% de tous les prénoms donnés.

Voici l’évolution de la proportion de ces prénoms rares par année :

Si la proportion de ces prénoms rares était d’environ 0,5% jusqu’aux années 60, elle a ensuite régulièrement cru, jusqu’à 3% dans les années 90 et 7% actuellement.

L’explication est simple : jusqu’en 1966, seuls les prénoms issus des calendriers officiels ou des personnages historiques étaient autorisés.

En 1966, les prénoms régionaux ou mythologiques et les diminutifs deviennent autorisés.

Enfin, en 1993, les parents deviennent libres de donner le prénom de leur choix – en principe tant que cela ne porte pas préjudice à l’enfant, ce qui ne semble pas faire obstacle à prénommer son enfant Sangoku-Kassim ou Amour Immaculée [4].

La délimitation des prénoms rares restant arbitraire, difficile toutefois d’en tirer des conclusions générales sur l’évolution de la concentration des prénoms.

Pour évaluer l’inégalité de la distribution des prénoms dans la population, j’ai utilisé ici un indicateur nommé coefficient de Gini.

Ce coefficient, souvent utilisé pour mesurer les inégalités de richesse dans un pays, peut varier entre 0 et 1 :

  • À 0, c’est l’égalité parfaite, tous les prénoms sont distribués également dans la population
  • À 1, c’est l’inégalité parfaite, tout le monde porte le même prénom

Sur l’ensemble de la population, le coefficient de Gini s’élève à 0,91 [5]

Cela signifie que, sans surprise, la distribution des prénoms est très inégalitaire : alors qu’il existe plus de 30 000 prénoms, 9 prénoms couvrent 10% de la population [6], 133 prénoms couvrent 50% de la population et un peu plus de 1000 prénoms couvrent 90% de la population.

Comment a évolué la concentration des prénoms depuis 1900 ?

On retrouve une chute à partir des années 1960, encore plus forte à partir des années 90, correspondant aux changements législatifs qui ont contribué à diversifier les prénoms.

Plus curieux en revanche, il a légèrement augmenté jusqu’au milieu du 20e siècle, avec deux chutes nettes pendant les guerres mondiales.

Mis à part que ce chutes ne correspondent pas à une baisse des prénoms rares, difficile a prori d’y voir une explication évidente.

Si vous avez des hypothèses, je serais ravi de les entendre !

En attendant, je vous souhaite un très bon été à tous !

À la prochaine,

Erwan


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[1] Hors prénoms rares (1,8% des naissances).
[2] Seuls les prénoms ayant été attribués au moins 20 fois dans l’année ont été retenus
[3] La condition exacte est « attribué moins de 20 fois à des personnes de sexe masculin et/ou moins de 20 fois à des personnes de sexe masculin ».
[4] http://liguedesofficiersdetatcivil.fr/2019/12/pda19-le-prenom-de-lannee-2019-est/
[5] Hors prénoms rares, faute de données détaillées disponibles ; en les incluant, le coefficient de Gini serait vraisemblablement encore un peu plus haut.
[6] Dans l’ordre : Marie, Jean, Pierre, Michel, André, Jeanne, Philippe, Louis et René

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